L’UTILISATION SUSPECTE DES MERCURES NUIT LA SANTÉ PUBLIQUE A VOHILAVA

Par Riana Raymonde Randrianarisoa

Les habitants des fokontany dans la commune rurale de Vohilava, district de Mananjary, Région Vatovavy Fitovinany dénoncent lors des enquêtes, que nous avons effectué entre décembre 2016 et le mois de mars 2018, les non-respects de l’environnement par des chinois, exploitants de l’or dans cette localité.

madagascarvohilavaLEG : Vohilava se situe à 60 km du chef-lieu de district de Mananjary, dans la partie Sud-Est de Madagascar.

 Depuis 2015, date de leur implantation dans la commune, selon toujours la population, ils polluent la rivière d’Itsaka qui assure le ravitaillement en eau de la commune avec des mercures. «  La société aurait utilisé des mercures dans l’eau pour former l’amalgame d’or, qui est strictement dangereux pour la santé humaine », communiquent-ils. « Nous n’avons pas pu rien faire alors que nous sommes exposés à des dangers », se plaint Manjakavelo Randrianatoandro, un responsable local.

arton5937LEG : La société a utilisé des gros engins pour exploiter de l’or, malgré l’absence des permis d’exploitation avant 2017

Les médecins confus

Le médecin chef du centre hospitalier de Mananjary a déjà effectué des descentes sur terrain pour constater de visu la réalité sur place mais pour le moment, il n’est pas en mesure de confirmer à 100% l’utilisation des mercures. Toutefois dans son interview, il a déclaré l’existence des maladies suspectes : « Il y a vraiment des patients qui ont des problèmes de peau et ont souffert des diarrhées mais  je ne peux pas vous confirmer que c’est à cause du mercure. », nous informe le docteur Randriarison Maurice, interviewé à Mananjary au mois de janvier.

 Notons que cette déclaration contredit sa précédente version, selon un communiqué du Centre de Recherches et d’Appui pour les Alternatives de Développement –Océan Indien ou le CRAAD-OI : «  Le Médecin-Inspecteur et le Directeur Régional de la Santé qui sont passés les voir les populations et ont alertés au sujet du risque de cancer du sang entraîné par la consommation de l’eau polluée par le mercure, et leur ont dit de chercher de l’eau ailleurs, mais ils n’ont pas d’autre source d’eau et s’attendent à ce qu’eux-mêmes et leur progéniture soient condamnés à souffrir du cancer », lit-on dans le communiqué, dispatchés auprès des médias locaux au mois de septembre 2016.

Sur place, durant l’enquête des femmes ont aussi montré des problèmes de peau ou un genre de mycose au niveau des parties intimes.

mycose

LEG : Souffrant des mycoses les femmes n’osent pas se plaindre par souci culturel. Il est tabou de montrer la partie intime à des hommes.

Les sociétés civiles

Face à cette situation de détresse, les sociétés civiles comme la plateforme Rohy,   l’ONG internationale CRAAD-OI, l’Amnesty International, et des associations nationales lancent une campagne de communication à grande échelle pour mettre un terme à ce « fléau ». De nombreuses déclarations et des descentes sur terrains ont été organisées pour dénoncer la mauvaise pratique portant atteinte au droit de l’homme et à la santé publique. Cette détermination est aussi motivée par l’arrestation d’un membre de l’association Justice et paix, un activiste environnemental, dénommé Raleva. Celui-ci a été arrêté au mois d’octobre de 2017, suite à sa revendication concernant la suspension ou la fermeture totale de l’exploitation minière des chinois. Il a aussi dénoncé à maintes reprises l’utilisation des mercures. Une lutte qui lui a coûté la prison de deux ans avec sursis.  Son Avocat, Maître Denis Franconio trouve cette condamnation injuste.

29342977_10156392434378958_1156428079116058624_nLEG : Raleva (au milieu), primé en tant que Gasy Mahasaky Award 2017, grâce à ses efforts pour dénoncer l’utilisation des mercures à Vohilava.

D’ailleurs, l’utilisation des mercures est strictement prohibée par les lois tant nationales qu’internationales. Tout d’abord, la Convention de Minamata, adoptée au japon le 13 octobre 2013, prévoit dans son article premier que : « L’objectif de la présente Convention est de protéger la santé humaine ». Une convention que Madagascar a ratifiée  le 30 Décembre 2014, suivant le Décret N°2014-1968 portant ratification de la Convention de Minamata sur le mercure.
A cet effet, l’utilisation des mercures est interdite voire répréhensibles sur l’ensemble du territoire malgache. Toutefois, face à cette situation à Vohilaha, l’application stricte de la loi pose problème.

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 » Zo Andriamaro, Coordonatrice nationale du CRAAD-OI, Madagascar. Elle dénonce à maintes reprises les « abus » perpétrés par des exploitants illicites des mines à Madagascar. Cette activiste environnementale milite pour l’application stricte de la loi, et le respect des droits de l’homme »

Etat et Chinois des alliés de taille

Avoir les interviews et la version des chinois à Vohilava a constitué un véritable problème dans la réalisation de l’investigation, sur l’utilisation des mercures. Tout d’abord, ils ont quitté les lieux par peur de représailles. Ensuite, leur société n’était pas en mesure de fournir les documents administratifs autorisant l’exploitation de l’or dans ces localités. En outre, leur interlocuteur qui est devenu la propriétaire officielle de la société,  après des mois d’exploitations illicites, Mme Mac LAI SIE GIANNA, a esquivé toute tentative d’interviews. Elle fait tourner en rond les journalistes malgré son accord. Elle refuse les interviews à quelques minutes des rendez-vous.

Notons que cette société est devenue officielle après la délivrance de son permis environnemental le 30 octobre 2017. «  Comme nous avons reçu la demande de la société, qui est déjà en possession d’un permis d’exploitation, et après des études d’impacts environnementaux, nous n’avons pas trouvé d’objection à la demande. Je peux vous confirmer alors que la Société Mac Lai Sime Gianna, est juridiquement légale. Elle peut travailler tranquillement mais comme il y a eu ce problème social avec la population, nous devrions encore  trouver de solutions sociales », a communiqué, Andry Ravoninjatovo, chef d’unité de suivi des PGE et pollutions auprès de l’ONE.

oneione2 LEG : Le permis environnemental de la société, délivré seulement, deux ans après le début des exploitations.

Nous avons pu avoir donc la version des chinois à travers des représentants de l’Etat, qui se positionne à leur côté, au nom de la légalité.  Le Directeur du cabinet du ministre des mines, Jacky Bezokiny a, par exemple, mentionné dans son interview au mois de février 2018, que l’utilisation du mercure est interdite, mais il n’est pas en mesure de confirmer s’il y a eu ou pas de mercure à Vohilava. Il se contente du rapport unilatéral des mises en cause, représentées par Mac Lai Gianna Sie. «  Personnellement, je ne suis pas sure que cette société utilise des mercures. A mon niveau, je suis convaincu que la population locale et ses ONG font des affirmations gratuites », a-t-il annoncé.

Cette histoire de mercure reste donc, une problématique sans solution à Vohilava, car il n’ a aucune preuve scientifique qui la confirme ou l’infirme. Malgré les faits par rapport à la santé publique quelques éléments liés à l’infraction et la violation de la loi restent manquants.

Ndrl : Faute de moyens financiers et à cause de l’absence d’un laboratoire d’analyse à Madagascar, notre organe de presse n’a pas pu faire des analyses de l’eau.