Exploitation de l’or à Soamahamanina:la société chinoise Jiuxing Mines en terrain miné

Par Riana Randrianarisoa
Les responsables au sein de l’église catholique haussent le ton contre l’implantation de la société chinoise Jiuxing Mines dans la commune rurale de Soamahamanina, situant à 70 kilomètres de la capitale Malgache. Celle-ci, malgré la manifestation populaire, a lancé officiellement l’exploitation de l’or dans cette circonscription, ce mardi.
Bénéficiant, le soutien inconditionnel des autorités malgaches, la revendication de la population locale reste au second plan. D’ailleurs, la société agit légalement, si on se réfère aux permis d’exploitations délivrés par le ministère des mines, le 5 novembre 2015 suite à la cession de permis de la société Tanety Lava. D’après une décision communale, dont la date reste confuse, Jiuxing Mines jouit le droit de propriété exclusif pour une durée de quarante ans, par le biais d’un contrat de bail emphytéotique. Le maire de la commune Théophile Rabesahalasoa confirme cette autorisation et dénonce la revendication des habitants comme un acte politique et non social. « La société est en bonne et due forme, ses activités suivent les normes et se déroulent dans la légalité. Le seul problème dans notre commune c’est le manque d’une communication relative au code minier malgache et les rumeurs se propagent rapidement», explique cet élu. Il a rehaussé de sa présence, avec d’autres responsables au niveau du district d’Arivonimamo, cette cérémonie à laquelle toutes extractions aurifères démarrent officiellement.

Une bataille de longue haleine

Au niveau de la population locale, la manifestation continue mais d’une manière pacifique, pour le moment. Les habitants suspendent les descentes dans la rue, pour que le comité des sages ou les médiateurs puissent entamer des négociations. Le président directeur général de la société, a déjà mentionné sa volonté de discuter et de collaborer avec la population.
La revendication reste néanmoins le même : « Que les malgaches puissent exploiter de l’or dans les périmètres et que les zones sacrées soient sauvegardées»
« Nous habitons ici depuis 1960, nos parents travaillent ces terres. Maintenant, en un mois, nous perdons tous ce que nous possédons. Nous n’avons plus rien car nos terres sont expropriées par l’état et offerts aux chinois. Nous n’accepterons jamais une telle décision. En plus, des tombeaux se trouvent dans ces zones d’exploitation. Comment voulez-vous que nous acceptons ce genre de mépris, de profanations, et de vols », dénonce Charles Rasoloarijaona, un manifestant.
Depuis, plus de huit semaines, les habitants de la commune n’ont plus droit d’accéder dans cette zone. Plus d’une centaine de chinois, venant directement de la Chine, occupent le terrain d’environ 6500 ha. Ils viennent avec des engins et d’autres matériels d’exploitation de grande envergure. La société érige également des clôtures et savoure la protection massive et parfois musclée des forces de l’ordre malgaches. Aucune visite des sites, ni des contacts avec les chinois ne sont autorisés.
Les journalistes sont devenus leurs premiers ennemis. Un photographe a été séquestré par les occupants, faute d’une autorisation d’accès au site, qui devient une propriété privé.

Corruption
Hormis, l’interdiction d’accès, les habitants de la commune de Soamahamanina dénonce aussi le paiement des pots de vin au niveau de la commune. « Le maire aurait perçu un montant de soixante millions de la part de la société en contre partie de son accord », harangue la foule durant la manifestation de lundi dernier, qui a failli se tourner en vinaigre, et a nécessité l’intervention des forces policières et militaires. Cette déclaration a été niée en bloc par le concerné.
Le bureau des cadastres Miniers de Madagascar (BCMM), une branche au niveau du ministère des mines, chargée de la distribution des permis, est aussi dans le collimateur de la population. Pour l’instant, les délivrances de permis d’exploitations sont suspendus, jusqu’à l’adoption du nouveau code minier par les parlements. Toutefois, l’élaboration de ce code est en cours et sa validation s’en suivra. Le président de la République, Hery Rajaonarimampianina a déjà annoncé son adoption vers la fin de cette année ou au début de 2017, lors d’une conférence de presse sur les investissements à Londres au mois de janvier 2016.
« Pourquoi, le ministère donne donc des exceptions à cette société ? Pire encore, quand nous faisons la demande, les responsables expliquent clairement que toutes nouvelles demandes sont en suspens. », témoigne une mère de famille, qui requiert l’anonymat par peur de représailles. Elle révoque un « deux poids et deux mesures » de la part de l’Etat Malgache.
D’après notre enquête auprès du BCMM, le cas de Soamahamanina ne constitue nullement une exception. « D’autres sociétés, notamment étrangères ont eu leurs permis d’exploitations, en continuité des différentes procédures qu’elles ont déjà entamé au par avant. C’est une question d’ordre économique et de sécurisation des investissements», déclare un responsable, sous l’anonymat également, faute d’une autorisation préalable.


Persiste et signe

Face à cette situation, l’église catholique entre en scène et demande à l’état malgache de trouver une solution au bénéfice du peuple. « Nous en tant que raiamandreny, nous sollicitons vivement la prise de décision pour que les opprimés retrouvent leurs droits. Faites ce qui est juste car c’est la population elle-même parle. Soamahamanina et Madagascar est un pays commun, personne ne peut pas se prononcer soudainement être le propriétaire d’un tel ou tel terrain et, fait ce que lui convient. », évoque le vicaire général d’Antananarivo, le monseigneur, Ludovic Rabenantoandro, en marge d’une rencontre avec les paysans à Antanimena. Il renforce la position de l’évêque de Miarinarivo, Jean Claude Randrianarisoa , venu sur place pour soutenir la population, durant la manifestation du lundi dernier à Soamahamanina.
Rappelons que l’église catholique à Madagascar dénonce à plusieurs reprises les vols et les différentes violations de la loi, perpétrés par les dirigeants ou ses proches collaborateurs. La dernière conférence des évêques tacle même l’état dans sa résolution du 5 mai, en évoquant leur défaillance surtout dans le domaine sécuritaire et la lutte contre corruption dans la haute sphère.