ECONOMIE BLEUE: UN AN APRES, L’ACCORD CADRE DE 2 MILLIARDS 700 MILLIONS DE DOLLAR CONCLU ENTRE AMDP MADAGASCAR AVEC LES CHINOIS, TOMBE A L’EAU

Ce reportage est réalisé dans le cadre du PROJET MONEY TRIAL, www.money-trail.org

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Par  Riana Raymonde Randrianarisoa et Lulu Ning Hui

  • Economie bleue, la Grande Ile devient la convoitise favorable des organismes et des firmes internationaux. Le contrat de deux milliards sept cent millions de dollar conclu entre l’Agence Malagasy de Développement Economique et de Promotion d’entreprise (AMDP)   et le consortium d’investisseurs chinois Taihe Century  Investment  Development Co. Ltd ( 太和世纪(北京)投资发展有限公司 se noie en mer  sans être effectif.  Par contre, la convention avec l’Union Européenne est encore en phase de révision.
  • Madagascar perd énormément ses ressources marines, le ministère de la pêche et des ressources halieutiques fait un état de lieux catastrophique sur ses potentialités ou ses stocks en mer.
  • Au niveau de la population locale, le calvaire des petits pêcheurs s’aggrave de jour en jour. Les produits se font de plus en plus rares. Ils ne disposent même pas des matériels de pêches adéquates pour aller au-delà des 200 miles ou les Zones Economiques Exclusives.

Il y a un an exactement, le 5 septembre 2018, l’Agence Malagasy de Développement Économique et de Promotion d’Entreprise (AMDP), une simple association malgache mais en lien étroit avec  la Présidence de République  a signé un contrat de partenariat ou plus précisément un accord-cadre avec le consortium d’investisseurs chinois Taihe Century  Investment  Development Co. Ltd. Un contrat de pêche de dix ans, estimé à 2 milliards 700 millions de dollar, qui aurait permis aux 330 bateaux de pêches chinois de travailler dans les eaux malgaches pendant 240 sur 365 jours avec des quotas de 600 kilos par jour par bateau. Un accord de discorde et de polémique, notamment avant les élections présidentielles de l’année dernière. Il devient par ailleurs le talon d’Achille de l’ancien régime dirigé par l’ex – président Hery Rajaonarimampianina, qui a été aussi candidat à sa propre succession. Les sociétés civiles, les organismes internationaux comme Blue Ventures et Transparency International, s’opposant au régime ont manifesté leur inquiétude à cet accord, malgré le montant mentionné  et les explications des responsables au sein de l’AMDP. Aucune consultation au préalable, ni appel d’offre n’ont été faits avant la signature de l’accord.

      Un an après, aucune information officielle n’est connue de la part du gouvernement dirigé par le Premier Ministre Christian Ntsay et le président Andry Nirina Rajoelina, concernant la continuité de cet accord.   Mais techniquement et politiquement parlant, le projet reste en suspens, voire tomber à l’eau sans être effectif. D’ailleurs, dans une rencontre privée avec  l’ancien directeur exécutif de l’AMDP, Hugues Ratsiferana, à la prison centrale d’Antanimora (emprisonné pour vol de matériels amis déjà libéré au mois de juillet dernier), celui-ci a expliqué qu’il s’agit d’un acte sous seing privé, basé sur la confiance mutuelle et réciproque entre les contractants. A cet effet, il est impossible de penser qu’il y aurait une continuité du projet avec les dirigeants malgaches actuels. «  C’est grâce à mes relations et les efforts entrepris que nous arrivons à cet accord et d’établir un consortium », a évoqué ce responsable.

Durant notre entretien, et malgré l’absence d’une copie de l’accord, Hugues Ratsiferana nous a livrés des détails sur le contrat en question. « Tout d’abord, il s’agit d’un accord cadre, c’est-à-dire une sorte de terme de références ou un mémorandum définissant les activités et le volume d’affaire pour réaliser les investissements. Il n’a pas de valeur juridique à tel point que même le gouvernement ne pourrait pas nous poursuivre  sur ce contrat ». Ensuite, il a mentionné que : «  Pour votre information, les fonds destinés à ce projet sont déjà retirés du fonds du consortium ». Concernant la question relative au financement des campagnes électorales de Hery Rajaonarimampianina, cet ancien Directeur exécutif d’AMDP,  a déclaré que la partie Malgache n’a jamais perçu aucune somme de la part du consortium. «  Ce sont des fausses accusations et des mensonges » ;  a -t-il poursuivi.

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    Sur le fond, l’accord est établi sur dix ans, mais pour les trois premières années, il s’agit uniquement de sa mise en place. Plus précisément, il y aura le repeuplement marin et des surfaces d’eau. Le projet se focalise sur l’aquaculture dans un premier temps. Il y aura également, la mise en place des infrastructures liées à la construction des bateaux, par exemple. Pour les sept ans, il s’agit vraiment de l’exploitation, proprement dite. « Le seul problème et le hic dans cette affaire AMDP, c’est que les gens sont bernés sur le montant de 2 milliards 700 millions de dollar, sans  se renseigner sur le contenu et les avantages que Madagascar pourrait en bénéficier. Le projet ne se focalise pas uniquement sur la pêche, mais il y a par exemple le volet touristique.  Je partage avec vous, que cet accord vise à protéger les pécheurs malgaches car une fois le lancement effectif, les bateaux seront utilisés par les malgaches, et ils pourraient concurrencer les géants européens. Et c’est justement pour cette raison que je dénonce le non professionnalisme des organismes internationaux, des sociétés civiles, et même des médias car ils sont implicitement ou directement complices de ces firmes ou des  organisations internationales œuvrant dans la filière pêche à Madagascar », a déploré ce directeur.

      Hugues Ratsiferana a ajouté dans notre entrevue, que les malgaches devraient connaitre la vérité sur la gestion des ressources naturelles : «  Tout se joue en bourse. Faut-il rappeler que les richesses  souterraines, forestières, ou les richesses halieutiques à Madagascar font objet de toutes les spéculations orchestrées par les firmes internationales. Les richesses sont toutes vendues en bourse et deviennent leurs stocks. Les malgaches sont manipulés, les organisations des sociétés civiles reçoivent seulement des financements pour ces projets, mais ils n’agissent pas selon les normes. Pour plus de précision, nous avons effectué des études préalables de deux ans avant de procéder à la signature de cet accord  », a-t-il conclu.

Un contrat sombre

       Depuis sa signature, ce fameux accord-cadre reste méconnu du grand public à Madagascar. Même le numéro trois de l’AMDP, à l’époque, Mr Ndriatiana Ratrimoarivony, économiste et conseiller technique a accepté la défaillance au niveau de la communication sur ce projet. Toutefois, il a émis des réserves sur le fonctionnement des sociétés civiles car, le consortium Taihe a fait un engagement pour la protection et la conservation de l’environnement par rapport à ses activités. «  Nous aurions dû informer le public avant la signature de l’accord », a avoué ce jeune expert.

       Sur terrain, durant nos investigations à Marolinta, district de Beloha sud, au mois de février 2019 ; à Antsohihy et Ambanja au mois de mai 2019, à Toliara au mois de juin 2019 et à Majunga au mois de juillet et août 2019, l’ensemble de nos interlocuteurs ignorent les détails sur cet accord. Les gens ont été informés par les medias devant les faits accomplis. Même les responsables au sein des branches régionales du ministère ne connaissent pas les tenants et aboutissants dudit accord.  Par exemple, le maire de la commune rurale de Katsepy, district de Namakia, région Boeni, n’ a été au courant de cet accord par des publications télévisées  et radiophoniques. Sa commune aurait dû être une commune pilote de ce projet de l’AMDP. Interviewé sur le sujet, il n’a jamais été consulté, ni informé de cette information. Il en est de même pour Nomé Beanjara, ancien Directeur régional de la pêche  de la Région Sofia : « Je suis informé par voie médiatique. Nous ne sommes pas consultés, même si notre région est une des zones de pêches pour les chinois à Madagascar », s’est-il plaint.

    Ernestyves Jocial Raherison, Secrétaire Général de l’association Fatidra Alamaiky sy Riaky oy FAMARI, a dénoncé la rétention d’information et le manque de transparence sur cet accord. Il a soupçonné même des corruptions avant et durant la signature de l’accord avec Taihe. « Toutefois, je ne suis pas contre aveuglement de ce genre de partenariat car nous sommes en phase de mondialisation, les signataires auraient pu nous informer davantage. », a –t-il communiqué. Notons que l’association FAMARI, s’est opposée activement à cet accord. Elle a mené une série de plaidoiries  en collaboration avec les organismes internationaux comme Blue Ventures et Transparency International.

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Au rouge

    Depuis ces trois dernières décennies la potentialité halieutique de Madagascar connait une baisse considérable voire inquiétante. Selon, le dernier rapport du ministère de la pêche et des ressources halieutiques, les stocks sont en chute libre.

Estimation 1992 Estimation 2019

 (Réf. Atelier International crevettes

Potentialités halieutiques

(pêche et aquaculture)

450 000 tonnes

 

 

200 000 tonnes

 

Espèces Estimations en 1992 Estimation 2019
1-      Ressources marines et estuarines 320 400 tonnes
Thons 51 600 tonnes 28 000 tonnes
Crevettes côtières (pêche industrielle) 8 000 tonnes 4 000 tonnes
Crevettes côtières (petite pêche) 1 700 tonnes
Crevettes profonde 1 000 tonnes
Crabe ( Scylla serrata) 7 000 tonnes 6 651 tonnes
Langouste rouge du plateau continental 340 tonnes 300 tonnes (estimation 2015)
Langouste vert du plateau continental 1000 tonnes
Petits poissons pélagiques 160 000 tonnes
Poissons demersaux 45 000 tonnes
Algues rouges 3 600 tonnes
Trépangs 670 tonnes 188 ( moyenne capture 2016-2018)
Poissons des eaux estuarines 40 000 tonnes
2-     Ressource des eaux continentales 40 000 tonnes
3-     Aquaculture 88 000 tonnes
Pisciculture 30 000 tonnes
Mariculture de crevettes 58 000 tonnes

*Source : Direction générale de la pêche et d’Aquaculture auprès du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage, et de la Pêche, Madagascar

Une information confirmée par la population locale dans la commune rurale de  Katsepy, district de Namakia, Région Boeny, dans l’ouest de Madagascar. «  Il est impensable qu’on ne pourrait plus pêcher à proximité. Dans les années 90, nous n’avons pas besoin de sortir en mer, il suffit de sortir à la plage avant de cuisiner et on pêche un tas de poissons », nous communique le maire de la commune rurale, Mr Jean Claude. Il dénonce la mauvaise gouvernance et  le manque de l’application de la loi au niveau local et central. Par ailleurs, il insiste sur la mise en place des projets de développement dans les zones côtières dont l’objectif est de créer des emplois pour les habitants, notamment les jeunes. Ces derniers n’ont pas d’autres professions que  la pêche.

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Le maire de Katsepy, Jean Claude.

Des larmes aux yeux, une mère de famille de 90 ans, témoigne cette perte considérable des ressources halieutiques malgaches. Elle raconte qu’au moment de sa jeunesse, sa famille pêche 50 kilogrammes par jour, pour une ou deux heures. Actuellement, ses fils jumeaux n’ont qu’un ou deux kilos alors qu’ils quittent le foyer familial de 6 heures du matin à 14 heures de l’après-midi. La famille survit difficilement.

     Pour, Andriantsiferana Honoré Jonah, un jeune collecteur de poissons  de 35 ans, qui est d’ailleurs un opérateur dans la filière, depuis 15 ans, la réduction des produits est palpable. Pour ses sept petites embarcations, le déplacement en dehors de sa ville qu’est Mahajanga est obligatoire. Ces collaborateurs travaillent dans les districts de Morafenobe et de Maintirano. Ils font des voyages pendant une ou deux semaines avec 500 et 800 kilogrammes de poissons à bord. Ces quantités sont satisfaisantes pour lui, malgré les dépenses par voyage, qui coûtent dans les 2 400 000 MGA. Il vend ses produits à partir de 5 000 MGA jusqu’à 8000 MGA  le kilogramme, et cela lui rapporte 50% à 80%  de bénéfices par rapport.

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Les bateaux utilisés par les pêcheurs malgaches ne respectent les normes de sécurités

    Dans le district d’Antsohihy, Région Sofia, Nord-Ouest de Madagascar , les habitants se plaignent également de la réduction des produits de pêche. Séraphine Rakotondramanana, présidente du Fikambanan’ny « Vehivavy Mivoatra mpanao Drakaka » ou  l’Association des femmes œuvrant dans la filière Crabes a déclaré durant  un entretien, au mois de mai dernier qu’elle observe une réduction considérable des produits marins dans sa localité tant au niveau de quantité que de qualité. Quotidiennement, les petits pécheurs ou les pêcheurs artisanaux se contentent de quelques kilogrammes de poissons. «  Dans notre circonscription il y a deux catégories de pêcheurs. D’une part, des fournisseurs au niveau des marchés locaux. D’autre part des pêcheurs, plus professionnels et qui travaillent au compte des sociétés étrangères, basées surtout à Mahajanga ». 

    Cette situation affecte l’ensemble des zones côtières malgaches, et les conséquences se font sentir auprès des ménages. A Toliara, plus précisément à Mangily où l’ensemble de la population  est des Vezo, une ethnie typiquement pécheur, les gens affirment qu’il est difficile d’avoir des poissons. Mario dit Baggio, un jeune pêcheur que nous avons rencontré sur place, le 10 juin 2019 en est un témoin. «    Nous n’avons plus de poissons à proximité des côtes. Nous sommes obligés de se déplacer dans les zones des eaux plus profondes. Toutefois, nous ne possédons pas des matériels adaptés. Nous travaillons avec la peur au ventre, où les dangers sont toujours permanents si bien que nous sommes obligés de se déplacer dans les eaux profondes sans mesures de sécurité, ni d’assurance. », a déclaré ce jeune homme de 25 ans.

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Des pêcheurs à Majunga

 Pêches illégales

    Suite à ces états de lieux, durant notre investigation, les informations recueillies orientent toute accusation contre les pêcheurs étrangers illégaux. Le directeur général de la pêche et de l’aquaculture auprès du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage, et de la pêche, le Dr Etienne Bemanaja a d’ailleurs confirmé nos résultats de terrain. Il a déclaré dans une interview à l’hôtel Carlton, Antananarivo, au mois d’Août dernier que : «  Madagascar est la proie favorite des pêcheurs illégaux, car la grande ile présente des failles considérables au niveau de surveillance des pêches. Le pays ne dispose que deux bateaux au Centre de Surveillance de Pêche ou CSP et pire encore un seul est opérationnel pour le moment. Nous n’avons pas d’unité spécialisée comme les gardes côtes, Madagascar se contente de l’intervention de notre marine nationale qui joue en même temps cette fonction et la défense du territoire marin national», a expliqué le directeur. Pour Information, selon les données recueillies auprès du commandement des Forces Navales Malagasy, le pays perd en moyenne 667 millions de dollars  par an, faute de gardes côtes. Rappelons, que Madagascar a 5400 km de côtes.

    Le représentant du Centre de Surveillance de Pêche à Majunga réaffirme d’ailleurs, la présence des bateaux de pêcheurs illégaux dans les eaux territoriales malgaches. Il se plaint aussi du manque et du vieillissement des matériels à sa disposition.  «  Auparavant, nous avons trois bateaux et huit vedettes mais actuellement, deux bateaux dont un est inutilisable et trois vedettes seulement opérationnelles. Malheureusement, nous n’avons pas les budgets suffisants pour effectuer nos missions en mer. Une seule sortie, qui devrait se dérouler en 100 jours,  nous coûte 11 000 000 MGA par bateau. Or en tant qu’organisation rattachée au ministère de la pêche, nous dépendons du budget de l’Etat », nous a partagé ce responsable, lors d’un échange d’information sur le secteur pêche, à Mahajanga le 31 juillet 2019.

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le représentant du Centre de Surveillance de Pêche

    L’insuffisance des surveillances de pêches favorise les gabegies au niveau des côtes, nous confirme également le Chef d’escadron Rabehanta Herinjanahary, commandant de compagnie de la gendarmerie nationale, à Ampanihy Ouest, Région Atsimo Andrefana. «  Selon nos renseignements et les informations communiqués par nos éléments sur terrain, à Beloha, notamment du côté de Marolinta, il y a fréquemment des bateaux suspects au large de nos côtes. Toutefois, nous ne pouvons pas intervenir  faute de vedettes rapides. On recense cinq ou six bateaux mais nous ne sommes pas en mesure de confirmer leurs activités en mer. Ce qui est sure, il y a des exploitations de nos produits halieutiques, ou des trafics d’autres ressources naturelles. », nous a expliqué cet officier, dans une interview faite sur place au mois de février 2019.  A titre d’information, cette partie sud de Madagascar, constitue une zone spécifique pour les thons et que la production est largement supérieure par rapport à l’ouest et au nord de Madagascar, selon l’explication du directeur général de pêche et de l’aquaculture, le Dr Etienne Bemanaja.

Solutions

    Pour la promotion de la filière pêche et pour la protection des ressources  halieutiques, le gouvernement malgache devrait faire face aux différents défis qui lui permettraient d’avoir plus d’indépendance. Toutefois, la réalité actuelle montre que le pays est encore soumis à des partenariats qui ne sont bénéfiques qu’à la partie étrangère. Ce mois de septembre, Madagascar attend la dernière version révisée de la convention entre Madagascar et l’Union Européenne en matière de pêche. Les deux parties ont signé le premier accord le 19 décembre 2014.  Dans ses clauses, cet accord stipule que les bateaux espagnols, portugais, français, italiens sont autorisés à pêcher 15 750 tonnes de thons par an, dans les eaux malgaches pour une durée de six ans renouvelable. « Le gouvernement malgache cherche à percevoir plus d’avantage. Pour le moment, nous nous contentons des 50 euros de redevance par tonne et par armateur.  Certes, il y a la contribution de 6 107 5000 euros  de l’Union Européenne pour les politiques de développement entreprises par l’Etat Malgache dont  2 800 000 euros sont affectés à la politique de pêche mais nous nous sentons encore lésés. Notons que 60 bateaux sur les 165 autorisés à travailler dans les eaux malgaches appartiennent à l’Union européenne. Seuls 5 sur les bateaux licenciés passent au port, les restes pêchent, transbordent les produits à des bateaux usines en pleine mer,  et ils exportent directement. Nous n’avons pas les moyens de monter à bord de ces bateaux pour déterminer les quantités exactes et les espèces. Pour l’instant, nous nous basons sur les rapports et les documents envoyés par mail, et par les employés de ces bateaux. Nous doutons de la fiabilité, de la crédibilité, et de la véracité des rapports.  A cet effet, nous demandons l’implantation des bases à terre pour le transbordement des produits avant exportation », nous a toujours communiqué, le directeur général Etienne Bemanaja.

Les chinois en terre conquise

    A part, l’Union Européenne,  le nouveau gouvernement de Madagascar, avec la nouvelle  équipe au ministère de l’Agriculture, de l’Elevage,  et de la pêche  projette à collaborer avec d’autres investisseurs en ce moment, selon le nouveau directeur général. Des sociétés étrangères,  entre autres des sociétés chinoises, sont en contact avec les responsables, mais aucun accord n’est encore en vue. Par ailleurs, les entreprises chinoises bénéficient  des appuis particuliers des dirigeants malgaches. Faut-il rappeler qu’en mois de février 2019, le  nouveau ministère a accordé cinq permis exclusifs d’exportation de crabes  à des entreprises chinoises : MATATA, JOBRIG, SANTI IMPORT-EXPORT, MAPROSUD, DRAKK. Ces établissements sont les seuls qui répondent aux critères d’aquaculture de crabes, selon la décision ministérielle n°001/20019/MAEP/Mi. Mais cette confirmation est-elle crédible ?  Parce que, lors des descentes  que nous avons effectuées à Antsohihy et Ambanja du 3 au 12 mai 2019, nous avons constaté que les chinois se contentent de collecter des produits venant des pêcheurs locaux. Au sein des sociétés DRAKK, SANTI, et MAPROSUD, nous avons  seulement vu des bassins de traitement de produits, destinés à l’exportation. Il n’y a pas aucun bassin d’aquaculture. Interviewés sur ce point, ni le directeur régional des pêches de la région Sofia Mr Donatien Ravohitra, ni le chef de région par intérim, Mr Réné n’ont pas mentionné la présence de bassins d’aquaculture au sein de ces sociétés. De plus, selon ce dernier, les chinois ne font pas objet de contrôle au niveau régional. Ils bénéficient des protections en haut lieu, précisément des hauts fonctionnaires résidant à Antananarivo, la capitale malgache. Même pour l’attribution des permis, les autorités locales ne sont pas consultées, mais elles sont seulement priées de procéder à leur validation.

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L’arrêté ministériel, octroyant des permis exclusifs d’exportation des crabes aux cinq sociétés chinoises

La filière pêche est mal en point pour Madagascar. Le pays ne subvient pas à ses besoins tant logistiques que ressources humaines. La grande d’Ile n’est pas encore indépendante dans ce domaine. Toutes sortes de partenariat sont vivement encouragées pour donner un nouveau souffle au secteur.