Jean Omer Beriziky :  » Que l’impunité n’existe plus en matière de bois de rose »

Mada 24 (-) : Monsieur, l’ancien Premier ministre, parlez-nous de la situation sur les trafics de bois de rose à Madagascar ?

Monsieur Omer Beriziky (*) : En tant qu’ancien Premier ministre du gouvernement d’union nationale, je vous confirme que les trafics de bois de rose existent ou ont existé à Madagascar. En décembre 2011, j’ai organisé une réunion avec les opérateurs « trafiquants » des bois de rose à Antalaha. J’ai sollicité leurs collaborations en arrêtant, immédiatement les trafics. J’ai rappelé qu’il y ait de loi interdisant ces actes criminels. A cette époque, le gouvernement dont je suis le leader a déployé nos efforts pour régulariser voire pour stopper les commerces illicites des bois de rose. Une structure de lutte a été mise en place. Malheureusement, les trafiquants ont opéré toujours sans inquiéter.

– Ne s’agit-il pas un échec pour votre gouvernement ?

* Il s’agit d’un combat difficile car à cette époque, nous avons mobilisé tous les acteurs susceptibles d’éradiquer les trafics : Gendarmes, Polices, la justice, les douanes. Malencontreusement, nos efforts sont en vain car il aurait des complices au sein même de l’autorité, tant qu’au niveau locale que nationale. Je tiens quand même à vous informer que nous avons néanmoins eu des résultats positifs. Des personnes ont été arrêtées, emprisonnées d’où la fameuse liste de Beriziky. Cette liste n’est seulement la mienne, mais c’est le résultat d’un travail d’équipe au sein du comité de pilotage que nous avons mis en place au ministère de l’environnement avec la Banque Mondiale. Ce comité rassemble des sociétés civiles, des institutions publiques et privées, etc… La liste a été transmise au président Hery Rajaonariamampianina. Il lui revient d’appliquer la loi, maintenant.

– Mais comment se fait-il qu’en tant que chef du gouvernement, vous n’avez pas pu empêcher ces trafics ?

* Je suis seulement à la tête en tant que chef de l’administration, mais il y a des institutions chargées d’appliquer la loi, d’effectuer les enquêtes, de juger, etc… d’ailleurs, il y a encore la Présidence de la transition à l’époque, c’est elle qui a la clé. Elle a l’argent, elle a les commandements. C’est le président de la transition qui a nommé les ministres de souveraineté nationale, surtout ceux qui ont habilité à lutter contre les trafics de bois de rose comme le ministère de la défense nationale, le secrétariat d’état chargé de la gendarmerie, le ministère de la justice, le ministère des finances. Ces ministres ne reçoivent que des ordres émanant du président et ils n’exécutent pas les miens.

– Vous êtes candidat aux prochaines élections présidentielles de 2018. Est-ce que vous avez une politique de lutte contre les pillages de nos ressources nationales, en particulier les bois précieux ?

* C’est sûr et certain ! Nous allons continuer les efforts déjà déployés. Pour les bois de rose, en particulier, nous pourrions encore relancer et poursuivre les enquêtes. Nous pourrions arrêter et emprisonner les chinois, les mafieux des bois. Nous pourrions refuser toutes sortes d’extradition. Pour les trafiquants nationaux, nous pourrions aussi les arrêter et emprisonner. Nous allons être stricts dans l’application de la loi et les suivis des affaires. A titre d’information, au par avant, le plus grand problème c’est qu’on arrête un trafiquant aujourd’hui. Il est libéré dès le lendemain. Cette fois-ci, nous serions plus stricts et nous punirons également ceux qui ont de mèches avec ces trafiquants au sein de l’administration. Justement mon grand souhait c’est la mise en place de la Haute Cour de Justice. « Que personne n’échappe pas à la justice »

– Vous êtes sure de cette décision car il parait que vous êtes impliqués personnellement dans des trafics de bois de rose ?

* Il y a toujours des calomnies. Je confirme haut et fort que je n’ai jamais participé à aucune une affaire de bois de rose. On m’accuse à Antalaha ou à Sambava , là où je suis originaire mais personne ne dispose aucune preuve. De même, à Mananara Avaratra, je suis toujours la tête à abattre. Bien sûre, j’ai été une seule fois dans ce district mais avec les équipes de la Banque Mondiale. Nous étions la bas pour sensibiliser la population d’arrêter les trafics.

– Monsieur le Premier Ministre, qu’en pensez-vous de la décision de la CITES sur le cas Madagascar ?

* Madagascar a ratifié la convention de la Cites, c’est-à-dire, nous avons des engagements à respecter. La responsabilité revient au ministère de tutelle. Mais, à mon avis, il ne sera pas nécessaire de faire un plaidoyer si nous n’avons pas encore la volonté de lutter sincèrement contre les trafics ou d’appliquer la loi. Il est inacceptable de voir ou d’entendre qu’une telle ou telle personnalité politique assiste à un trafic alors qu’elle négocie la levée des sanctions auprès de la CITES.

– Pour Finir, pourriez-vous nous donner un aperçu de votre politique générale en tant que candidat à la présidence de la République ?

* En général, je me positionne à côté des populations vulnérables et les faibles. Ensuite, mon souhait les plus sincères c’est de détruire cette culture d’impunité à Madagascar.

Propos recueillis par Stanislas Nomenjanahary