TRAFICS DE BOIS DE ROSES: Blanchiment d’argents dans diverses activités

Les villes d’Antalaha et de Sambava retrouvent  actuellement leur beauté et leur notoriété  dans la partie nord et nord est de l’Ile.  Les dégâts causés  par les deux cyclones Gafilo et Ida

( 2002 et 2007), ne sont que  des  mauvais souvenirs.

La période transitoire du 2009 au mois de janvier 2014, a été bénéfique pour la région du Sava qui regroupe les districts de Sambava-Antalaha- Vohemar et Andapa

En espace de cinq ans, la modernisation des villes est impressionnante. De nouvelles constructions sont érigées, partout, notamment dans les centres villes. Les jolies voitures  de grandes marques contribuent à la présentation de cette image des villes riches et développés.

La propreté des quartiers  est impeccable. L’organisation de la société paraît irréprochable du fait qu’aucun sans abri, ni des mendiants, qui constituent un critère d’évaluation de la pauvreté, circulent en ville. Les conditions de vie sont  avantageuses  pour la population de la ville d’Antalaha. La raison de ce développement économique et social de la région se base surement aux différents trafics de bois de roses.

Selon les chiffres recueillis au ministère de l’environnement Malgache, on enregistre onze operateurs clandestins entre 2009 et 2014,  dont le numéro un serait un parlementaire en activité. « Malgré l’absence d’un flagrant délit, toutes les preuves semblent contre ce député car il a effectué des  achats de magasins, de maisons, des voitures.», témoignent les autorités administratives locales, qui enregistrent les transactions. Il est néanmoins important de souligner que les trafics de Bois de rose ne datent pas 2009, mais le premier cas remonte même dans les années 90 voire un peu plus en avant.  Durant la présidence de Marc Ravalomanana, dix sept opérateurs de bois ont bénéficié d’une autorisation spéciale d’exploitation et d’exportation de bois de rose. Après sa destitution, les dirigeants de la transition ont favorisé une dizaine d’opérateurs qui opère jusqu’à présent, même clandestinement.

De la politique

Les operateurs de bois de roses investissent beaucoup dans  l’immobilier et quelques activités économiques pour écouler facilement leurs argents. Depuis deux ans, ils contribuent énormément à l’amélioration du prix de la vanille et du girofle. « Certains trafiquants emploient des intermédiaires pour effectuer des collectes auprès des paysans, et procèdent à l’exportation des produits. D’autres, investissent dans la culture des concombres de mer dans le baie d’Antongile et du Cap Est », affirme un général de division, haut responsable au sein des forces de l’ordre et non moins natif de cette région.

Hormis, les activités économiques à but lucratif, les « présumés » trafiquants de bois de rose se lancent également dans la politique. Quelques noms, très connus dans ce domaine sont membres du parlement et qui boycottent la mise en place du tribunal spécial sur les bois de rose. La proposition de loi, faite par le gouvernement a été déposée depuis des mois à Tsimbazaza, mais son adoption traine. Les députés n’accordent pas une importance au dossier car, même, en session ordinaire depuis le mois d’octobre  le vote de cette loi ne figure pas encore dans l’ordre du jour. Interrogé sur ce sujet, le rapporteur général de l’Assemblée nationale Lihisoa Malement, élu à Tuléar, se contente d’une vague réponse. « Nous l’adoptons au moment opportun, pour l’instant nous se concentrons sur le budget car la deuxième session ordinaire est consacrée au budget initial 2016 et la loi de finance rectificatif de 2015 que nous avons déjà adoptée. », déclare ce parlementaire. Trois célèbres « trafiquants », cités par l’ancien premier ministre, Jean Omer Beriziky, dans son dernier rapport sur les bois de rose, remis au gouvernement Ravelonarivo se portent candidats aux sénatoriales de ce mois  de décembre. Dans une conférence de presse, donnée  par  cet ancien locataire de Mahazoarivo, qui s’est tenue à son domicile sis à Ankorahotra, ce mois de novembre, il dénonce la culture d’impunité dans cette filière. « Les trafiquants utilisent la politique comme moyen de couverture avec l’immunité parlementaire qui leur permet d’éviter toutes sortes de poursuites. », critique l’ancien premier ministre.

Le senatorial, qui s’est tenu à Madagascar au mois de novembre, ont vu la participation des barrons de bois de roses. dans certaines regions, ces personnalités ont remporté facilement les elections.

 Volet social

Les trafiquants de bois de rose participent également dans le social. Ils construisent des routes  goudronnées avec des milliards d’Ariary de dépense, des pavées dans les quartiers.

Ils réhabilitent aussi des écoles en milieu rural. « Leurs objectifs c’est de liquider rapidement  l’argent car deux banques sur trois refusent catégoriquement d’abriter les comptes des opérateurs de bois de rose. D’ailleurs, les transactions ont été faites en espèces. Les acheteurs chinois paient avec des liquides qu’on ne compte  même pas au moment des opérations, on les pèse par kilo par rapport aux quantités des bois achetés », informe Clovis R., membre de la  plateforme des sociétés civiles, opérant dans cette région.

Cette situation a également un lien direct avec la sécurité. « Les operateurs ne veulent pas garder trop d’espèces chez-eux car ils ont peur des actes de banditismes. Les noms des opérateurs sont très connus par l’ensemble de la population. De ce fait, ils sont aussi exposés à des dangers. Prenons le cas du rapt qui se produit en ce moment à Tamatave. Les parents des deux adolescents enlevés seraient impliqués dans les affaires de bois de rose. Comment se fait-il que les ravisseurs demandent une somme colossale de quatre millions d’Euros ? C’et un point très important à élucider. », Explique les responsables au sein de la Région et de la préfecture d’Antsinanana. Selon, notre enquête sur place, cet enlèvement aurait caché un autre crime dont les victimes sont des innocents enfants. « Il parait que cet acte constitue un règlement de compte entre trafiquant de bois de rose », nous communique les polices judiciaires chargées de l’enquête. Près qu’un mois après le rapt, le parquet de Toamasina qui dirige et coordonne les recherches n’ont pas des résultats palpables à part la série d’arrestations contre des civils, des agents de police, et quelques personnels du tribunal à Tamatave.  Cette  affaire n’est qu’une illustration de la délicatesse de cette affaire de bois de rose.

Face aux différentes formes de blanchiment d’argent, les banques dans la région de Sava restent prudentes. . « La Bank of Africa fait régulièrement des contrôles des clients pour éviter le blanchiment d’argent », explique les responsables au sein de la Boa.

Quant à la Bni Madagascar, une banque dont un haut dirigeant du pays dispose la majorité des actions, la direction générale prend des mesures plus strictes en clôturant des dizaines de comptes qui appartenaient aux présumés trafiquants de bois de roses. «  L’ordre vient d’Antananarivo et nous l’exécutons seulement. Cette situation donne une image négative de la banque vis-à-vis des gros clients mais c’est une nécessité aussi pour sécuriser notre banque » ; explique une source autorisée.

Religion et sport

 Les opérateurs de bois de rose éjectent également des énormes fonds dans l’évangélisation et la promotion de leurs religions.

Notre investigation à Antalaha montre que la plupart appartient à l’église catholique. Ils contribuent au développement de leur paroisse, en s’acquittant de leurs devoirs ou les deniers de culte. Ils sponsorisent aussi les événements cultuels et les pèlerinages en terre sainte. Durant le Journée Mondiale de la jeunesse à Fianarantsoa au mois de septembre, ces opérateurs ont accordé un important soutien financier aux représentants de la région. La déclaration du père Gustave de la paroisse d’Antalaha confirme cette « bonne volonté » des opérateurs. « Une famille a contribué à la construction d’une église à Antanagnambo à vingt kilomètres de la ville. Elle est une opératrice économique », affirme  cet homme d’église. Après recoupement, notre enquête remonte à une famille qui a participé activement à l’exploitation et exportation des bois de rose.

Outre les activités religieuses, les trafiquants de bois de rose invertissent aussi dans le sport en créant des clubs ou des associations sportives. Actuellement, une équipe de foot, représentant la région dans la première division malgache, portent le nom du numéro deux « des mafias » en bois de rose. Notre visite dans le domaine de son propriétaire est impressionnante. Les grandes constructions érigées sur une dizaine d’hectare avec un bâtiment à étage avec onze garages où une dizaine de voitures est cachée sous des housses attirent l’attention.

Mais une question se pose, qu’est ce qui empêche l’état d’ouvrir une enquête approfondie sur ces opérateurs ? Les charges n’en manqueront pas, les preuves sont tangibles, et les trois éléments constitutifs des crimes existent bel et bien.