RÉGION SAVA: VOL DE VANILLE SUR PIED, SOURCE DE VINDICTE POPULAIRE ET D’INSÉCURITÉ

Dossier réalisé par: Judith Rachèle Rakotovao

Édité par: Riana Raymonde Randrianarisoa

Le vol de vanille crée un foyer de peur et d’insécurité permanent dans la région SAVA. Durant la précédente campagne de vanilles, 20 cas de vindictes populaires sont enregistrés. Les planteurs restent toujours aux aguets pour surveiller les malfaiteurs. Selon l’explication du chef de quartier de Soavinandriana à Sambava,  Pierre Rafidison, les malfaiteurs sont armés: «Nous sommes obligés d’assurer la garde de nos vanilliers dans les champs, alors, nous avons peur d’être assassinés, A cet effet, nous sommes obligés de cueillir les vanilles avant les périodes légales. Certes les vanilles ne sont pas encore mures, elles sont vertes mais nous préférons les garder à la maison ».

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Des autres planteurs ont déclaré avec désespoir qu’ils choisissent d’abandonner les vanilles au lieu de sacrifier leurs vies. « Mieux vaut perdre la vanille verte que de perdre la vie. Nous les paysans, nous voulons qu’il y ait une coopération entre nous et les autorités locales et les forces armées, pour résoudre le problème de sécurité sur la filière vanille chez nous. Nous ne pouvons pas avoir de bénéfices si on récolte des vanilles vertes mais on n’a pas le choix. », ont-ils- expliqué

Il y a ceux qui se plaignent aussi car le fait de stocker des vanilles vertes à la maison est plus  dangereux. Dans son interview, un responsable de la police nationale à Sambava a expliqué que les forces de l’ordre recensent des plusieurs coups de feu, chaque nuit. Des malfaiteurs s’en prennent aux opérateurs de vanilles qui ont des stocks chez eux.

 Depuis le mois d’avril 2018, il y a plus de 20 cas de vindictes populaires liés aux vols de vanilles sur pieds  dans la région Sava, selon, le député de Sambava Mamangy Norbert dit Jack.

Le commissaire de police de Sambava, Général Tsara Nestor confirme que : « C’est vrai, beaucoup de cas de vindicte populaire se sont passés dans la région de Sava, ces derniers temps. Une loi sociale ou « Dina » sur la vanille a été mise en place mais personne ne l’applique pas. La population n’a pas confiance à la juridiction. Plusieurs planteurs ont perdu des tonnes de vanille, ils ont porté plainte mais sans résultats. Quand les paysans ont attrapé les auteurs du vol, ils les ont tués ».

Une mère de famille a témoigné que son fils a été tué à cause de vol de vanilles vertes à Masiaposa Sambava, le mois de mars 2018. Son fils lui a dit qu’il a travaillé au champ de vanille, mais un millionnaire l’a employé pour voler des vanilles vertes. « Il a été tué et les voisins ont remis son corps à la maison après une semaine avec les vanilles  volé ». » a t-elle raconté.

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Différents points de vue

Au niveau de la préfecture, le préfet de Sambava, Bemananjara Boniface nie le fait qu’il y a eu ces vindictes populaires. « Il y a des responsables locaux à chaque quartier, pour gérer la situation comme les chefs de quartiers, les agents de sécurités sociales et les maires. Toutes ces personnes sont interdites de faire de vindictes populaires ». Par contre ce fonctionnaire, confirme l’existence des conflits liés à la filière vanille.  » Il y a des tentatives mais cela ne veut pas dire des vindictes populaires. La réduction de l’insécurité causée par la vanille dans la région de Sava revient à tous et demande la participation sérieuse de l’Etat »,a -t-il- exprimé.

 Depuis décembre 2017 au mars 2018, il y a 321 cas de vol de vanilles sur pied avec 9870,15 kg de vanilles retenues, selon la statistique de la gendarmerie nationale de Sambava. On obtient seulement 01 kilo de vanille noire sur les 04 kilos de vanilles vertes. Selon Rochel, un opérateur de vanille à Sambava :

« Normalement, c’est à partir de mois de juin la récolte de vanille pour la région de Sava ». Mais ce n’est plus le cas. Les planteurs doivent cueillir plutôt leurs vanilles, par peur que les voleurs les devancent, dit Eric, un collecteur de vanille. L’année 2017, Madagascar a exporté 1200 tonnes de vanilles noires. Cette année, la prévision est de  1300 tonnes ou 100 tonnes de vanilles par opérateurs ou des grandes sociétés.

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Au service des riches

La hausse du prix de vanilles est la source du vol de vanilles vertes, à part les inconnus qui collectent des vanilles volées. Les demandes sur le marché international est largement supérieur aux offres d’où la hausse du prix de la vanille, exprime Eddy Serge Fernand, le maire d’Antalaha : « La vanille c’est de l’argent. Un kilo de vanille noire coute 1 200 000 Ar, l’année dernière et de même cette année, tandis que avant c’était à 20 000 Ar ».

« Ce n’est pas seulement le prix de la vanille noire ( mure)  est en hausse mais  celui de la vanille verte aussi, 160 000 Ar. Les gens sont pressés d’avoir de l’argent et ils arrivent jusqu’à voler des vanilles. Ils font cuir les vanilles vertes, appelées vanilles « Kitsa » à 500 000 Ar le kilo pour atteindre le niveau de la vanille cuite ou vanille noire, 1 200 000 Ar le kilo. » a toujours dit le Général Tsara Nestor.

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« D’après les enquêtes menées par la police nationale de Sambava, les voleurs détenus disent qu’il y a des riches qui les emploient pour voler des vanilles vertes mais ils ne les dénoncent pas, même s’ils en subissent les conséquences », a éxpliqué le commissaire. Selon lui, il n’y a pas de vols de vanilles s’il n’y a pas des gens qui les récoltent. Jusque-là, on n’a rattrapé que des petits voleurs.

« Les planteurs ne savent pas vendre leur production qu’au moment de la récoltent. Mais à mon avis, il y a des gros bras qui donnent de l’argent aux voleurs », explique le chef de quartier de Soavinandriana à Sambava Pierre Rafidison.  » Les riches veulent avoir beaucoup d’intérêts avant la campagne et ils profitent la faiblesse des planteurs, voler leurs vanilles avant le moment opportun« , a-t-il-ajouté.

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Selon toujours le député Jack, l’application de loi à Sambava est faible et il a  confirmé, à ce que dit le Chef de quartier, Rafidison Pierre. « Les grands patrons sont derrières de ces vols de vanilles vertes. S’il y a de vol, il y a des récepteurs ou des acheteurs. Si les autorités routières fouillent régulièrement tous les transports passant à Sambava, on peut connaitre qui sont les têtes des malfaiteurs sur la filière vanille. Pourquoi les autorités ne font pas de la perquisition à la maison des tous les opérateurs de vanilles à Sambava. », a-t-il conclut:

Quant à Rochel, l’opérateur de vanille : « Ce ne sont pas tous les opérateurs qui sont des malfaiteurs mais ceux qui ont de l’argent supérieur de 100 million d’Ariary. La plupart de ces gens ont une relation avec les hautes autorités de l’Etat, qui pensent au-dessus de la loi. Quand ils ont de problème avec les autorités locales concernant la vanille, ces hautes autorités de l’État interviennent directement ».

 La hausse du prix de vanille à Sambava a entrainé beaucoup d’insécurité, selon le préfet Boniface. En général, on applique la loi, dit-il.

Il y a trois genres de voleurs de vanilles : les voleurs directs, les voleurs indirects et les enquêteurs, tous ces genres de voleurs sont au-dessous de la loi. Mais à Sambava, c’est un peu différent, c’est pourquoi la mise en place de la loi sociale ou « Dina de Sava ». Les 80% des dossiers traités au tribunal sont concernés par le vol de vanille, depuis mars  2018, selon l’explication du procureur de la république d’Antalaha, Andriambololona Patrick .